Temple 5 - Jizō-ji
30 septembre 2025
Partiellement ensoleillé 28°C
Je suis couché sur le côté, sur un futon trop mince, et je tape d’une main sur les touches du clavier de mon iPad. C’est soit ça, soit être assis au sol, à la petite table basse de ma chambre, mais ça demanderait trop d’énergie.
Il y a quelques heures, j’ai terminé la journée de marche la plus facile de mon voyage. Environ 14 km. À peine plus que ce que je faisais lors de mes entraînements quotidiens, et pourtant je suis crevé.
Je ne sais pas ce qu’ils ont, les kilomètres japonais, mais aujourd’hui ils m’ont semblé interminables. Et je suis censé en faire le double demain.
C’est peut-être à cause du décalage horaire : je me suis réveillé à 3 h 30 ce matin. Peut-être à cause de la chaleur : 28 °C à l’ombre. Ou peut-être simplement parce que les doutes me pèsent.
Mon chapeau ne tient pas sur ma tête, la clochette de mon bâton de marche m’agace, et mes bottes, que je n’ai pas eu le temps de casser, me donnent des crampes aux jambes.
Je suis ici pour marcher 6 à 8 heures par jour, et si je n’y trouve pas bientôt un certain plaisir, je risque de remettre en question l’entièreté du voyage.
Au temple 1, j’ai rencontré M. Makio, un pèlerin de 77 ans. Il en est à son troisième Henro. Je l’ai remarqué à cause de son accoutrement : survêtement blanc, chapeau de laîche conique, bâton de marche. Je lui ai demandé, dans un japonais cassé, s’il pouvait me montrer l’étiquette à respecter lors de la visite des temples.
Je pense que ma journée a mal commencé à cause de ça.
Pas à cause de M. Makio. Il était adorable, patient, curieux de me connaître, toujours disponible et aidant. Il m’a montré, étape par étape, ce qu’il fallait faire une fois au temple : sonner la cloche et faire un souhait, se laver les mains avec l’eau purificatrice et en toucher ses lèvres, allumer une bougie et de l’encens, déposer un osamefuda et une pièce de monnaie, puis réciter, à partir d’un recueil, le sutra du cœur. Il fallait ensuite recommencer la même chose au temple secondaire.
À chaque étape, M. Makio m’expliquait en grand détail la raison de ces gestes. Et moi, je me contentais d’imiter, sans rien comprendre, car il ne parlait qu’en japonais.
Une heure et demie plus tard, nous étions encore au temple 1.
Puis M. Makio m’a proposé de marcher ensemble, et j’ai accepté.
Aux temples 2 et 3, pendant qu’il priait, je regardais l’heure et je commençais à me demander si j’arriverais au temple 5 avant sa fermeture à 17 h.
Lorsque nous nous sommes quittés, je l’ai remercié de son aide, mais je n’ai pu m’empêcher d’éprouver un certain soulagement.
Il me restait encore 6 km à parcourir, mais la suite du chemin s’est surtout déroulée dans ma tête.
Arrivé au temple 5, j’ai sonné la cloche comme me l’avait montré M. Makio. J’ai fermé les yeux et fait un souhait. Mais cette fois, au lieu d’inspiration, c’est le mot rythme qui m’est venu. C’est ça qu’il me faut en ce moment : trouver mon rythme à moi.
Quand j’ai atteint mon auberge quelques minutes plus tard et que j’ai déposé mon sac dans ma chambre, c’est un poids d’un autre ordre qui s’est levé de mes épaules.
Un bain chaud et un repas magnifique m’attendaient.
Le futon est mince, mais je sens que je vais bien dormir.