Vancouver
26 septembre 2025
Nuageux 15°C
Mon enfer personnel, c’est de passer ma vie dans les transports. Il n’existe rien de plus efficace pour tuer tout mon enthousiasme.
Depuis jeudi soir, 19 h 10, et jusqu’à samedi 27 en fin de soirée, c’est : voiture, avion, train, train, avion, train, avion, train. Tout près de 21 heures de trajets avant de pouvoir considérer que je suis libre de faire ce que je veux de mon temps.
Je déteste attendre, et l’avion, ce n’est que ça : attendre pour passer la sécurité, attendre l’embarquement, attendre le décollage, attendre d’arriver, d’atterrir, de descendre, de passer les douanes, de récupérer les bagages…
Dans la cabine, il y a toujours quelqu’un qui prend trop de place, quelqu’un qui pue, un enfant qui pleure, qui crie, qui donne des coups de pied dans mon siège.
Il faut que je me rappelle pourquoi je fais ça : ce qui m’attend à l’autre bout du monde.
Quand j’étais enfant, on fêtait toujours Noël chez mes grands-parents. J’attendais ce moment avec impatience, car c’est là que je recevais mes plus beaux cadeaux. Le jour venu, je brûlais d’impatience.
Dans le salon, les adultes discutaient pendant que je comptais les étapes avant les présents. Je mangeais le souper à toute vitesse, espérant accélérer le temps.
Puis venait le pire : la messe de 19 h 00. Assis sur les bancs de bois, obligé de rester sage entre prières et chants, je ne pensais qu’au nouveau jeu vidéo que j’allais recevoir.
Enfin, quand nous revenions de la messe, les enfants de la famille arrachaient bottes et manteaux pour courir au sous-sol, là où l’arbre de Noël nous attendait, entouré de nos trésors.
Aujourd’hui, quand je repense aux Noëls de mon enfance, c’est avec une nostalgie qui n’a pas grand-chose à voir avec les cadeaux.
C’est plutôt quand je me rappelle les jeux avec ma sœur, mes cousins et mes cousines, ponctués de pauses rapides pour attraper un snack en passant. La table des enfants, où l’on ne restait jamais bien longtemps. Les efforts de mes parents pour m’offrir des cadeaux originaux, au-delà des jeux vidéo que je réclamais chaque année.
Les plats délicieux préparés avec soin par ma mère et ma grand-mère. Les membres de ma famille qui reprenaient des bribes de conversation en langue des signes, pour que mes deux oncles sourds puissent suivre.
Je ne comprenais rien aux conversations des adultes, mais à travers celles-ci, j’étais admiratif de la prestance et la bienveillance de mon grand-père.
Et quand je repense à quel point ça faisait plaisir à mes grands-parents qu’on aille à la messe avec eux, je me dis que je revivrais ça mille fois, si ça me permettait de les revoir ne serait-ce qu’un instant.
Enfant, j’attendais de découvrir mes nouveaux jouets en souffrant sur des bancs d’église, sans réaliser à quel point j’étais entouré d’amour.
Aujourd’hui, j’attends ma destination en souffrant sur mon siège d’avion.
J’aimerais dire qu’il y a là un parallèle profond, une leçon de vie… mais non : Je déteste l’avion, c’est tout.
Surtout avec une voisine qui prend des photos de la nuit noire à travers le hublot… avec le flash… alors que je tente de m’endormir.