Temple 70 - Motoyama-ji
29 octobre 2025
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Au bout de trente jours, la fatigue s’accumule et je me demande comment j’ai pu parcourir toute cette distance à pied.
La très grande majorité des gens qui tentent de visiter les 88, le font en voiture, en plusieurs segments répartis sur plusieurs années.
J’en croise aussi plusieurs qui veulent tout marcher. Ils refusent d’utiliser les transports publics, comme si cela rendait leur aventure plus « pure ». Je comprends le sentiment : chaque pas est un investissement dans un parcours sans faute, une façon de prouver qu’on peut aller jusqu’au bout sans tricher.
Je ne considère pas avoir triché. Au contraire, je suis fier des presque 500 km marchés jusqu’ici, même s’ils ne représentent que la moitié de la distance réelle. Je les sens dans mon corps : à la fois comme une douleur discrète et comme une force nouvelle.
Avec encore dix-huit temples à visiter, mon objectif n’est plus la performance, mais d’arriver au bout sans blessure. Je ne serai pas celui qui aura marché le plus ou celui qui aura pris le moins de temps.
Quand on m’a proposé de me rendre à deux temples en voiture aujourd’hui, j’ai accepté avec soulagement.
Je veux simplement mettre les chances de mon côté.
Au primaire, le service de garde organisait des tournois de hockey sur table. Une saison, j’étais en pleine forme et j’avais de bonnes chances de gagner la coupe. À chaque ronde, je perdais mes trois premiers matchs avant de remonter et de passer à l’étape suivante. En finale, même scénario : trois défaites, trois victoires. Le match décisif contre mon ami Mickaël était très serré. À la dernière seconde, il a marqué pour égaliser, juste au moment où le signal de fin retentissait. L’arbitre a accordé le point. Épuisé après près de trente matchs, j’ai craqué en prolongation. Mickaël a marqué et remporté la coupe.
Plus tard, j’ai compris que c’était peut-être ce jour-là que j’avais cessé d’aller jusqu’au bout. Comme si, à force d’essayer sans être récompensé, j’avais fini par croire que ça ne servait à rien de tout donner.
Mais quand j’y pense aujourd’hui, j’oublie souvent le reste : le plaisir de jouer, la fierté d’avoir tenu bon, et surtout l’amitié avec Mickaël, encore solide après toutes ces années.
L’important, ce n’est pas la destination, mais le chemin : le parcours, les liens, la croissance.
Mais cette fois, j’aimerais savoir ce que ça fait de se donner jusqu’au bout. Je suis si près du but ; je devrais terminer dans une semaine.
Cette fois, il n’y a ni adversaire ni prix à gagner.
Ce qui m’attend au temple 88, c’est ce que je cherche depuis toujours : ce sentiment d’accomplissement qui m’a échappé.
J’ai envie de lui montrer, au p’tit gars sur la photo, que la valeur n’est pas dans la victoire, mais dans l’effort.
Que d’aller jusqu’au bout, c’est déjà mériter la coupe.