Ville de Québec
2 septembre 2025
Ensoleillé 24°C
La fatigue me pèse ce soir.
Le simple fait de maintenir mes mains sur le clavier me demande un certain effort. J’ai les jambes molles, et ma chaise de bois ne fait rien pour m’aider à oublier les courbatures.
J’ai beaucoup marché cette semaine. Il le faut, si je veux être prêt dans un mois. Mais peut-on vraiment l’être pour ce que je m’apprête à faire? Parce que 1200 km en une quarantaine de jours, ça fait 30 km par jour, en moyenne. Et 30 km, ce sont 6 à 8 heures de marche, sans compter les arrêts, les pauses, les repas.
C’est ça, l’enjeu avec l’entraînement à la marche longue distance : le temps.
La fin de semaine, si je ne fais à peu près rien d’autre, je peux en trouver. Mais en semaine, avec le travail, il est difficile de consacrer plus d’une heure ou deux à l’entraînement.
Alors non, je ne crois pas atteindre un point avant mon départ, où je me sentirai vraiment prêt.
Mais ce n’est pas grave. Je veux faire de mon mieux pour être préparé, pour mettre toutes les chances de mon côté. Depuis avril, je marche : d’abord 2 km, puis 5, maintenant 10 km par jour en semaine. Les fins de semaine, certaines journées sont réservées à de plus grandes distances, de 15 à 30 km.
Ce n’est ni facile ni difficile. La marche me demande un effort, je transpire, mes pieds me font mal. Mais j’aime le temps qu’elle m’offre. Parce qu’il passe différemment quand je marche. Si je fais 10 km, ce sont deux heures qui m’appartiennent, que je me dédie.
En marchant, je me sens plus connecté à ce qui m’entoure. Je m’émerveille de scènes toutes simples : deux écureuils qui se pourchassent à la vitesse de l’éclair sur des branches, des enfants qui comptent les coccinelles posées sur des roseaux, un héron qui patiente dans la rivière, certain qu’un poisson insouciant finira par trop s’approcher.
Mon rapport aux distances a beaucoup changé ces derniers mois. Lorsqu’on me propose une activité en ville, je choisis presque toujours de m’y rendre à pied. C’est à 5 km? Tant mieux, ce sera une heure bien investie.
Pendant ces heures, je fais le ménage dans ma tête, dans ma vie. Les solutions me viennent plus vite qu’en restant chez moi. Mes idées sont plus originales, nouvelles, inspirées.
Alors oui, je suis fatigué ce soir. Mais c’est une fatigue physique, accompagnée d’un sentiment de satisfaction, d’accomplissement et d’espoir.
D’assurance aussi. L’assurance que malgré la distance, l’épuisement, le découragement, le chemin qui m’attend sera ponctué de petits bonheurs. Un pas à la fois.
« La marche est inutile comme toutes les activités essentielles. Superflue et gratuite, elle ne mène à rien sinon à soi-même après d’innombrables détours. »
— Marcher : Éloge des chemins et de la lenteur, David Le Breton.