Temple 28 - Dainichi-ji
7 octobre 2025
Ensoleillé 28°C
Vendredi passé, entre les temples 18 et 19, le chemin alternait entre sentiers de forêt et route de campagne. En passant devant une ferme, j’ai aperçu un comptoir où des sacs d’agrumes étaient disposés.
Le climat ensoleillé de Shikoku est propice pour certains fruits. Depuis le début du pèlerinage, je croise des plantations tous les jours : des kakis, des yuzu, des sudachi.
Ceux-là étaient plutôt verts ; j’ai cru que c’était une sorte de limes. J’ai glissé une pièce de 100 yens dans la boîte et pris un sac, comme indiqué sur une affiche à côté. J’avais envie de goûter.
Je me suis tout de suite demandé ce que j’allais faire avec quinze limes.
En arrivant au temple 1, j’avais acheté tout le nécessaire du pèlerin, croyant que le simple fait de suivre le décorum me permettrait de le comprendre. Mais aussitôt, je me suis senti imposteur. Je ne savais pas ce que je venais d’acheter, ni vraiment quoi faire avec.
Avec ces agrumes, c’était la même chose : c’était lourd, encombrant, et la quantité dépassait largement ce qui était nécessaire pour satisfaire ma curiosité. J’ai envisagé de le remettre, ou même de l’abandonner aux pieds des arbres.
Puis j’ai croisé une septagénaire, une faux à la main. Elle a vu mon sac et m’a dit :
— Ah, des mikans!
Des mikans, pas des limes. C’est un sac de clémentines que j’avais entre les mains.
— Elles sont un peu sûres à cette période de l’année, m’a-t-elle dit. Bien plus sucrées en été.
J’en ai pelé une et j'y ai goûté. Ni trop sûre, ni trop sucrée. Un goût familier. Une pause marquée dans une journée bien chargée.
En quelques jours, j’en ai mangé quelques-unes, j’en ai donné à d’autres pèlerins. J’ai été content d’en avoir les jours où j’avais mal évalué les distances. J’en ai aussi jeté quelques-unes.
La même chose s’est produite avec mes articles de pèlerin au fil des jours.
Ces petits achats impulsifs sont révélateurs de quelque chose en moi : un mélange de curiosité, de désir d’appartenir et d’envie de partager. Ils m’encombrent parfois, mais ils m’aident aussi à mieux me comprendre. Ce pèlerinage m’apprend à respecter ce qui ne m’appartient pas, à ne pas gaspiller, mais aussi à ne pas porter inutilement le poids des choses. À goûter ce qui se présente, sans forcément tout adopter.